Petit alphabet de la Suisse romande (Version originale p. 75-78)
BERNE. Du point de vue romand, Berne est un concept complexe. Tout d'abord, avec son territoire francophone, le canton de Berne est lui-même une partie de la Romandie, et par là, le médiateur «naturel», le canton désigné pour jeter des ponts entre les deux régions linguistiques nationales. Ensuite, dans le canton de Vaud, Berne, c'est l'oppresseur d'autrefois, celui dont on célèbre l'expulsion, «l'indépendance vaudoise», chaque année (avec une bonne dose de nostalgie probernoise), certes, mais dont on s'est tellement approprié l'esprit, qu'il n'y a guère plus que le canton de Vaud où l'on puisse trouver encore une conscience nationale bernoise. Enfin, dans le catéchisme du fédéraliste romand, Berne est l'incarnation du Mal centraliste et bureaucratique. Et comme tout mal, il possède lui aussi ses mécanismes de séduction, auxquels on succombe volontiers: les subventions. CHASSELAS. Le Chasselas («Gutedel» en allemand) est le cep de vin blanc le plus répandu en Suisse romande (et un excellent raisin de table). En Valais, le vin obtenu à partir du Chasselas est regroupé sous l'appellation collective de Fendant, dans le canton de Vaud, où les vins de la région du Lavaux, située entre Lausanne et Montreux, sont sans doute les plus typiques du genre, on l'appelle Dorin, et à Genève enfin, Perlan. Mais on cultive aussi le Chasselas dans le canton de Neuchâtel. Le meilleur Chasselas du canton de Fribourg provient, à vrai dire, d'une vigne que le canton possède dans le Lavaux. Dans les ouvrages étrangers consacrés au vin, on perçoit aujourd'hui encore un certain mépris injustifié de ces vins. Depuis quelques années de grands efforts sont entrepris pour améliorer leur écoulement à l'aide d'une culture adaptée à la variété et d'un meilleur marketing. CHÂTEAU. En Suisse alémanique, on parle de Regierungsgebäude, Amtshaus, Rathaus, dans les Grisons, on dit aussi das Graue Haus, lorsqu'on veut désigner le siège de l'administration cantonale. «Le Château», dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud, «l'Hôtel de Ville», proche du château, du canton de Genève, ou encore le «Palais du Gouvernement» en Valais, sont plus que cela: «Le Château» symbolise la souveraineté exécutive de l'Etat (dans la hiérarchie des valeurs romande, l'exécutif prime sur le législatif). L'Etat jurassien, en dépit de ses efforts, n'a pas encore trouvé son «Château» et occupe toujours les appartements d'une maison désaffectée. DIALECTE. En Suisse romande, on accuse constamment, et à juste titre, l'emploi du dialecte en Suisse alémanique d'être responsable de la difficulté croissante de la communication entre les deux parties du pays. Toutefois, cette justification a quelque chose du prétexte, étant donné que l'apprentissage de l'allemand à l'école ne jouit pas non plus d'une grande popularité. Autrefois, le langage courant romand aussi était le dialecte local franco-provençal (excepté dans le Jura), le «patois». Et aujourd'hui encore, des patriciens bernois se vantent, ici et là, d'avoir apporté au canton de Vaud ce qui a été leur plus importante contribution culturelle, la langue française (avec le culte en français). Des vestiges de l'usage du dialecte ont survécu dans le Bas-Valais. Ces dernières années, les dialectes connaissent un nouvel essor, qui se limite toutefois plus ou moins à l'établissement de glossaires. DROGUE. Des drogués, on en trouve aussi en Suisse romande. Pour ce qui est de la politique en matière de drogue, il existe pourtant une nette différence entre la Suisse alémanique et la Romandie. Ici, on mise plus sur la répression et la prévention que dans la plaine alémanique. On cite sans cesse les conditions qui règnent dans la ville de Zurich comme étant l'exemple à ne pas suivre. Inversement, la ville de Berne reproche aux Romands d'exporter simplement leur problème de drogue vers la Suisse allemande. A quoi les Romands répondent que ce n'est pas leur affaire si les Alémaniques mettent sur pied un supermarché de la drogue. ÉCONOMIE. Il n'y a pas, à proprement parler, de disparité économique entre la Suisse orientale et la Suisse occidentale. Et s'il est question, en Suisse alémanique, d'un «triangle d'or» qui s'étend sur le Plateau (essentiellement Berne-Bâle-Zurich), la Romandie possède, elle aussi, son «axe bleu» le long du Lac Léman. La disparité, c'est surtout entre les zones de montagne et les zones de plaine économiquement développées qu'elle existe, et c'est valable pour les deux régions. L'économie romande, toutefois, est structurée à une échelle plus réduite (à quelques exceptions près, comme Nestlé par exemple), et elle repose plus souvent sur des fonds familiaux. De plus, la légère diminution du traditionnel engouement des étudiants pour les professions libérales est un phénomène récent.
C'est pourquoi des problèmes de renouvellement des cadres, de besoins de capitaux, et de taille critique, entraînent souvent le départ des sièges centraux des entreprises, qui vont s'installer au sein du «triangle d'or» exclusivement suisse allemand, là où l'économie, contrairement à la politique, ne possède pas une sensibilité particulière pour le commerce avec la minorité. EUROPE. Reste extra-helvétique du continent qui, dans l'abréviation Espace économique européen (EEE) a exercé, le 6 décembre 1992, une fascination beaucoup plus grande sur les votants de Suisse romande que sur ceux de Suisse alémanique, où le même concept a été perçu avant tout comme une mise en péril bureaucratique de l'indépendance. Pour la grande majorité des Romands, qui se montrent traditionnellement plus ingénus dans leurs rapports avec les voisins étrangers que les Suisses allemands, l'appartenance de la Suisse à l'Europe n'est pas seulement une réalité géographique, mais également un programme politique. FONDUE. Repas collectif d'origine agricole, composé (pour 4 personnes) de 600 grammes de fromage râpé, que l'on verse dans un récipient, la plupart du temps en terre cuite (caquelon) et frotté préalablement à l'ail, auxquels on ajoute 3 décilitres de vin blanc (suffisamment acide), 3 cuillères à café d'amidon de maïs, 2 à 3 petits verres de kirsch, et un peu de poivre et de muscade, qu'on laisse fondre ensuite à petit feu en remuant sans arrêt, et qu'on porte à la bouche en petites quantités à l'aide de bouts de pain piqués sur une fourchette. Les variantes de chaque canton se distinguent surtout par le mélange de fromages: mi-gruyère, mi-emmenthal (ou fromage du Jura corsé) dans le canton de Neuchâtel, mélange de fromages valaisans en Valais (l'ail est finement hâché), et sous l'appellation «moitié-moitié», mi-gruyère, mi-vacherin fribourgeois dans le canton de Fribourg, ou alors, pur vacherin avec, à la place du vin, 1,5 décilitre de lait (l'ail est broyé). La fondue permet tout à fait de laisser libre cours à son imagination pour en faire une spécialité personnelle. FRANCE. Arrière-pays linguistique des cantons romands, mère patrie de la «Francophonie». Alors que la Suisse romande accepte, sans le moindre complexe, la prétention qu'a Paris d'être un centre littéraire et culturel pour tous les peuples de langue française (sauf quand le gouvernement français veut introduire par décret une nouvelle orthographe), elle tient beaucoup à son indépendance politique, que lui permet son appartenance à la Suisse. Un fait qui permet en plus à la Romandie de jouir d'une autonomie culturelle plus grande qu'il ne le serait possible à une province française. Cette distinction entre appartenance culturelle et appartenance politique n'est souvent pas comprise en Suisse alémanique. On retrouve à peu près les mêmes clichés dans l'attitude française à l'égard de la Romandie que dans celle des Romands à l'égard de la Suisse allemande. LAC DE GENÈVE. Le plus grand lac de la Suisse romande. Il touche à la France et aux cantons de Genève, Vaud et Valais. Il n'y a qu'à Genève et en Suisse allemande où on l'appelle Lac de Genève. En Valais, et tout particulièrement dans le canton de Vaud, c'est le Léman. Dans des temps plus anciens, le lac, avec ses voiliers, était une liaison qui servait beaucoup plus qu'aujourd'hui aux échanges entre la Savoie et la Suisse (la circulation des frontaliers se rendant d'Evian à Lausanne est toutefois très importante). Les nuages noirs et orageux sur le Lac de Genève, avec, perçant ici et là, quelques rayons de soleil, sont l'une des vues les plus impressionnantes de la Suisse. LIE. La lie de vin (Weinhefe en allemand) est une eau-de-vie légère que l'on distille à partir du dépôt qui se forme au fond des récipients contenant du vin. Sa fabrication n'est pas à la portée du premier distillateur venu. Le mot allemand Drusen est aussi une appellation archaïque pour désigner la lie de vin, mais elle est bien trop grossière pour cette boisson de choix. MILIEU DU MONDE. Étang situé à Pompaples, en pays vaudois, dont l'eau, selon la voie d'évacuation qu'elle emprunte, finit par se jeter soit dans la Méditerranée soit dans l'Atlantique. D'où la dénomination Milieu du monde. Sa popularité, cette notion la doit sans doute au fait qu'une telle localisation géographique correspond pleinement à la conscience qu'ont les Vaudois de leur propre valeur. PARTIS. Le Parti libéral, parti bourgeois (et représentant même, autrefois, la grande bourgeoisie), détient la majorité dans les cantons de Genève et de Neuchâtel. Il joue aussi un rôle important dans le canton de Vaud. Les radicaux, eux, sont issus plutôt de la classe moyenne. Ils contrôlent (encore) largement le canton de Vaud et sont présents aussi dans les gouvernements des autres cantons romands. Leur situation est devenue précaire dans le canton de Genève, où les radicaux, autrefois majoritaires, subissent une très nette perte de vitesse. Le Parti démocrate-chrétien (PDC) domine le canton du Valais, ainsi que, dans une moindre mesure, les cantons de Fribourg et du Jura. Il est aussi fort dans le canton de Genève, où il représente le deuxième pouvoir politique, alors qu'il est à peu près inexistant dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud. L'Union démocratique du centre (UDC) ne participe au collège gouvernemental que dans le canton de Vaud (et à Berne). Le Parti des automobilistes, s'il ne rencontre pas une grande adhésion en Suisse romande, le doit sans doute au fait que ses revendications trouvent déjà un soutien au sein des autres partis, et particulièrement des partis bourgeois. En tant que pouvoir politique de taille, les socialistes siègent dans les gouvernements de tous les cantons romands, à l'exception du Valais; à Fribourg, c'est même le représentant d'un groupe dissident qui occupe un siège. Le président suisse de leur parti leur reproche de ne pas être assez militants. Ce qui n'est guère le cas. Les communistes, rassemblés sous le nom de Parti ouvrier et populaire (POP), ont trouvé une réserve où s'installer dans les cantons de Genève et de Neuchâtel avant tout, ainsi qu'à Lausanne, durant les années difficiles qui ont précédé l'effondrement de l'URSS; d'ailleurs, à cette époque déjà, la gauche les a considérés comme des partenaires à nouveau convenables pour former des alliances électorales, et ils sont à présent libérés du fardeau idéologique de l'Est. Les écologistes romands étaient, à la base, un mouvement aux origines avant tout bourgeoises, plus qu'en Suisse alémanique. Quant à savoir s'ils sont en progression ou sur leur déclin aujourd'hui en Suisse romande, les avis sont partagés. PRESSE. Jusqu'à présent, la presse romande à été l'un des soutiens sans doute les plus puissants du cantonalisme fédéraliste et parfois même du régionalisme intercantonal. La forte régression du marché publicitaire, des investissements exagérés dans les imprimeries ultramodernes, ainsi que la politique d'édition expansionniste que mène le groupe lausannois Edipresse, ont conduit à une réduction accélérée du nombre de titres. Parmi les quotidiens dont le rayonnement dépasse le canton de publication, on trouve le «Journal de Genève et Gazette de Lausanne» (libéral, avec supplément économique hebdomadaire), «Le Nouveau Quotidien» (Edipresse, avec des textes écrits souvent dans un style un peu haletant, et ce qui est sans doute le meilleur service images de la presse suisse), et «Le Matin» (Edipresse, journal à sensation). Au rang des hebdomadaires, «L'Hebdo» (Ringier) connaît un franc succès. A Genève, outre le «Journal de Genève», dont la survie dépend du soutien de certains milieux économiques, on trouve la «Tribune de Genève», qui y bénéficie du plus fort tirage et qu'Edipresse Lausanne a reprise en réduisant son espace rédactionnel, ainsi que «La Suisse», qui possède une longue tradition. «Le Courrier», une petite feuille catholique de gauche, mène une existence qui se limite à quelques pages locales provenant de sa propre rédaction, et que l'éditeur fribourgeois de la «Liberté», ainsi que l'Eglise, rendent possible. Le quotidien qui mène dans le canton de Vaud, c'est «24 heures» (Edipresse). Ce qui n'empêche pas «Le Nouveau Quotidien» et «Le Matin» d'y avoir, eux aussi, une certaine importance. La «Nouvelle Revue», radicale, vient de passer au rythme hebdomadaire. En Valais, c'est le «Nouvelliste», proche du PDC et géré par un éditeur à la tête dure, qui domine le marché francophone (le «Confédéré» de Martigny, à tendance radicale, paraît une fois par semaine), alors que le «Walliser Bote», situé plutôt à gauche, fait du Haut-Valais sa banlieue. Les deux journaux plutôt bourgeois du canton de Neuchâtel, «L'Express» (Neuchâtel) et «L'Impartial» (La Chaux-de-Fonds), qui avaient autrefois une attitude relativement agressive l'un envers l'autre, ont été contraints par la situation économique à faire cause commune avec l'éditeur biennois Gassmann. Ce sont des raisons semblables, dans le canton du Jura, qui ont poussé le «Démocrate» (Delsberg) et «Le Pays» (Porrentruy), deux feuilles à tendance bourgeoise, mais indépendantes, à fusionner pour former «Le Quotidien Jurassien». Enfin, la partie francophone du canton de Fribourg possède «La Liberté», un quotidien proche du PDC, bien que relativement indépendant, comparé à d'autres, et qui prend note des gestes d'arrogance présumés et effectifs de la Suisse alémanique avec une susceptibilité particulière. RACLETTE. En Valais, on prépare la raclette en raclant des demi-meules de fromage dont on a chauffé préalablement la tranche au feu de bois, et on l'arrose d'une ou plusieurs bonnes rasades. C'est un repas traditionnel de vignerons qui se mange assis entre les ceps, durant les vendanges. Dehors, en été, à midi, au soleil, la raclette est un plat délicieux. Hélas, la plupart du temps, les Suisses allemands n'ont l'occasion d'en manger que dans les caves valaisannes imprégnées de l'odeur du fromage, où ils se réfugient par les froides nuits d'hiver pour se réchauffer. Mais on l'aime même dans ces conditions. SÉPARATISME. Le bon bourgeois suisse allemand tremble chaque fois qu'un quelconque groupuscule de Genève convoque la presse pour lui annoncer qu'il vise une séparation d'avec la Suisse. Mais comme Genève ne possède pas d'alternative sérieuse à la Suisse, ces groupes - «Genève Libre» par exemple - restent insignifiants. SUISSE ALÉMANIQUE. Les rapports que le Romand entretient avec la Suisse alémanique sont aussi empreints d'amour que de haine. Le Suisse allemand, c'est le «toto» prudent, pesant, introverti, consciencieux, travailleur, efficace, couronné de succès et dépourvu d'humour. En plus, il est le représentant d'une majorité politique. D'un autre côté, en tant que coresponsable de la Confédération commune, le Suisse allemand reste malgré tout pour le Romand un partenaire politique plus tolérable que le Français ne le serait. Ce qui, pour lui, est particulièrement difficile à supporter chez le Suisse allemand, c'est le pouvoir de la majorité revendiqué comme allant de soi (dans le domaine économique plutôt que dans le domaine politique, qui différencie mieux), les manières paternalistes et l'emploi du dialecte. TESSIN. La Suisse italienne est généralement considérée par la Romandie comme un allié latin naturel en cas de conflit entre Romands et Alémaniques. Et il est vrai que le Tessin fait souvent partie des organisations régionales des cantons romands. Pourtant, il arrive de temps à autre que les Tessinois soient aussi agacés par les Romands que ceux-ci le sont par les Suisses allemands. UNIFORMES. Rares sont les endroits, en Suisse, où l'on rencontre des fanfares aussi hautes en couleur - vêtues, certaines, d'uniformes militaires historiques - et un goût aussi marqué pour la musique de fanfare qu'en Suisse romande, et même dans le canton de Genève, qui s'est pourtant prononcé en faveur de la suppression de l'armée lors du référendum. Ici aussi, le «prestige de l'uniforme» continue à faire son effet. A quoi vient s'ajouter que le canton du Valais est sans doute le dernier à posséder des fanfares ayant, pour la plupart, une orientation politique. Mais on accorde aussi une grande importance à l'image de l'armée, aux défilés, etc., dans la plupart des cantons romands. Et il arrive souvent que les officiers romands se montrent plus «prussiens» que leurs camarades alémaniques, qui ont un peu perdu la conscience de leur rang. UNIVERSITÉ. Tous les cantons romands, à l'exception des cantons du Jura et du Valais, c'est-à-dire Fribourg, Genève, Neuchâtel et Vaud, possèdent leur propre Université. Ce fait suprenant reflète sans doute l'image politique que chaque canton se fait de lui-même et sa disposition à assumer les frais qui en découlent. Autrefois, Lausanne abritait aussi une haute école technique, l'EPUL (Ecole polytechnique de l'Université de Lausanne), qui forme aujourd'hui, sous le nom d'EPFL et aux côtés de l'EPFZ de Zurich, une partie de l'Ecole polytechnique fédérale. VIN. La Romandie, et particulièrement les cantons lémaniques, est la région viticole par excellence. C'est le Valais qui possède la plus grande surface de vigne - un tiers de la superficie viticole de la Suisse. Contrairement à l'agriculture, la viticulture ne touche que relativement peu de subventions de la Confédération (elle bénéficie toutefois de mesures protectionnistes). Les vignerons vaudois se mettent donc dans une colère noire lorsque Berne, en régulatrice zélée, se sent obligée de se charger de la «sauvegarde de la qualité», après des années de surproduction due aux conditions météorologiques. On pourrait se dire que la mesure la plus efficace, également sur le plan qualitatif, pour lutter contre des quantités de vin excessives, serait de renoncer à la culture de la vigne dans des zones étendues de la Suisse allemande. Dans le canton de Vaud, et plus encore en Valais, la viticulture est un facteur socio-culturel bien plus important qu'on ne le pense en Suisse alémanique. VOITURE. Le Romand n'a pas la même attitude à l'égard de la voiture que le Suisse allemand. Il s'adonne avec une ardeur particulière à un genre d'hédonisme de la voiture qui, de prime abord, rejette toute limitation, qu'il s'agisse d'une mesure de limitation de vitesse, d'une mesure de sécurité, de protection de l'environnement ou d'économie. C'est là une constante plus marquante de son comportement de votant que cette plus grande ouverture au monde à laquelle la Romandie aime aussi faire recours. VOTATIONS. Certes, il n'est pas rare que les résultats des votations ne soient pas les mêmes en Suisse alémanique et en Suisse romande, mais ils ne diffèrent pas non plus systématiquement. En plus, lorsque c'est le cas, on constate aussi assez souvent des résultats identiques, «anticentralistes», dans les cantons de Suisse centrale. Le cas où une Romandie unie s'est vue mettre en minorité par une Suisse allemande à peu près aussi unanime s'est présenté lors des votations sur le port de ceinture obligatoire (1980, aux côtés des cantons de Suisse centrale), sur l'introduction de la vignette autoroutière (1984), sur l'adhésion à l'Éspace économique européen (EEE, 1992, aux côtés des deux Bâle) et sur la taxe sur les carburants (1993, avec Schwyz). Pourtant, la plupart du temps, les différences dans l'attitude des votants suivent d'autres lignes de partage nationales (urbanisation, religion, intérêts liés au trafic, etc.). ZURICH. Pour la Suisse romande, Zurich et sa Bahnhofstrasse sont l'incarnation, en bien et en mal, de la puissance économique suisse, et en particulier, de la puissance économique suisse alémanique, tout comme son milieu de drogués est à ses yeux le symbole d'une politique laxiste en matière de drogue. On fait volontiers l'amalgame, surtout dans les médias, entre la pègre de la finance zurichoise et le milieu de la mafia et du trafic de drogue, bien qu'en Suisse romande, ni l'une ni l'autre ne soient inconnus. Pourtant, la relation que la population romande entretient avec Zurich est certainement moins inhibée que le consommateur de médias ne pourrait le croire.